Ce perpétuel éphémère

CE PERPÉTUEL ÉPHÉMÈRE

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On trouvera ici trois dispositifs en vue de la production de textes pour le prochain numéro 153 de Soleils & cendre (Ce perpétuel éphémère) : le premier a pour point de départ une écoute musicale ; le second est lié à la généalogie ; le troisième est une exploration large du thème.

Les textes issus (ou non) de ces dispositifs sont à adresser à la revue avant le 15 septembre 2026.

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I. AU PRÉTEXTE DE LA MUSIQUE :

ÉCRIRE L'ÉPHÉMÈRE et/ou TRAVAILLER L'ÉCRITURE ÉPHÉMÈRE

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atelier conçu par M-P. Canard pour le n° 153 de Soleils et cendre

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« Qu’est-ce que la vie sinon l’ombre d’un rêve éphémère » (Umberto Eco)
« Ce perpétuel mourir qu’on appelle faute de mieux le présent »  (Aragon)

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Cet atelier  explorera l’apparent paradoxe entre ces deux concepts pour essayer de mettre en évidence :
- que les images inscrites à l’infini dans les nuages ne prennent sens pour chacun-e qu’à l’instant présent
- que l’écriture (entre autres) permet la mémorisation inédite de cet éphémère éternel
- que l’écriture elle-même est un acte éphémère

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1. Pour commencer, on va essayer de saisir l’éphémère dans l’écoute d’une douzaine de très courts extraits de morceaux de jazz : ci joint les liens vers des artistes de renom (sur Youtube il est facile d’ignorer la pub) et vers les innombrables morceaux répertoriés sur le site de jazz instrumental Pixabay :

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On retient un mot par extrait.

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2. On associe librement ces mots et on faire naître, pour chaque association, une expression poétique. Tous les mots doivent être utilisés au moins une fois. Au total quatre expressions.

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3. Voici des synonymes d’éphémère :
court – fugace – fugitif – momentané – passager – précaire – provisoire – transitoire- fragile – bref – périssable – infime – dérisoire – futile – négligeable – instantané – évanescent

On choisit dans cette liste un synonyme à associer à chacune des quatre expressions poétiques obtenues en 2. On fait proliférer ces synonymes (cinq mots pour chacun) sur le pôle idéel (association d’idées) et sur le pôle matériel (transformation sonore et visuelle des mots).

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4. On écrit avec ces mots (phase 2) et expressions correspondantes (phase 4), quatre bribes / fragments.

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5. On choisit, dans des textes ou poèmes  du patrimoine, cinq expressions qui font écho à ce qu'on a comme idée de l’éphémère. On les transforme (par paralecture ou dislecture) pour une utilisation à la phase suivante.

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6. À partir de tout ce matériau, on écrit un texte traduisant notre éphémère du moment. Réécritures. Texte provisoirement définitif à adresser à la revue.

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II. LE CAS DE LA GÉNÉALOGIE :
PLIS et RE-PLIS

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atelier conçu par Serge Tadier pour le n° 153 de Soleils et cendre

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1. Postulat de départ du dispositif

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La chaîne des générations sous l’angle de l’éphémère et du perpétuel

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Chaque vie se caractérise par un événement (naissance) de l’ordre de l’éphémère, en situation de dépendance à la génération antérieure ; puis une progression dans l’autonomie et l’émancipation, (vers l'âge adulte) ; pour finalement retourner à une nouvelle dépendance intergénérationnelle (grande vieillesse, fin de vie) à nouveau éphémère.
Chaque existence comporte une succession de mouvements, instantanés éphémères, permettant la transformation de la personne, plus ou moins inventrice de sa génération (éphémère) et de sa lignée (perpétuel). Après sa mort, chaque personne vit encore symboliquement (perpétuel), pendant une période plus ou moins longue, selon qu’elle s’est illustrée ou non, qu’elle figure ou non dans une généalogie publiée. 

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On imaginera donc un mouvement, à la fois circulaire et translatif, comme celui d’une roue sur la route du temps : 
1/ Chaque vie humaine (éphémère), placée dans la chaîne des générations (perpétuel), engendrerait une double révolution : d’une part une révolution cyclique (perpétuel) comme peut l’être la rotation d’une planète sur elle-même sous la forme d’un éternel recommencement à chaque fois décalé (notamment sur l’axe du temps) ; d’autre part une révolution qualitative (éphémère), génératrice de transformation, d’émancipation ou de régression, que chaque vie produit au sein de sa génération et répercute à la suivante. 
2/ Simultanément on peut imaginer chaque vie sur un axe horizontal, dans une continuité de plis éphémères de vie, terminés par un re-pli (dont la mort). De chaque vie, chaque pli et re-pli cacherait les écueils (avancées et reculs), les vibrations émotionnelles, l’impact sur elle des évènements… Les générations à suivre seraient alors elles-mêmes porteuses du contenu des plis et re-plis antérieurs ; elles pourraient ou non les réouvrir et leur donner sens. C’est la dimension transgénérationnelle de la mémoire, enfouie dans ses traces invisibles mais actives (secrets, non-dits, loyautés repliées) qui transpirent d’une génération à l’autre, jamais complètement effacées. Cette mémoire, enfouie parfois, suscitant un dépassement (fierté, créativité…) ; parfois générant des sentiments troubles (trahison, honte, culpabilité, ressentiment…). S’inscrivant ainsi dans le perpétuel.

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Dans l’acte d’écriture à caractère généalogique, le narrateur ressent des influences de générations antérieures, sans en connaître l’origine, une mémoire latente, cryptée, qui agit sans être nommée. Une forme de repli psychique : le passé est compacté et agit dans le présent.
Le texte agit comme un geste de dépliage  : il révèle des secrets, relie des fragments, reconstruit la continuité. Mais on peut également considérer d'autres formes du re-pli / repli.


Exemples de plis et replis transgénérationnels

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- Le repli face à la honte  : une fille-mère est exclue, la famille cache la vérité ; cela donne lieu à l’effacement, la dissimulation (son enfant est attribué à la grand-mère), l’exil (elle part hors les frontières), renforçant ainsi son statut d’étrangère.
- Le repli identitaire, par exemple chez les peuples qui ont été colonisés, occupés (Pologne, Balkans, Moyen-Orient, Maghreb…) ou ceux qui ont migré. Les familles sont écartelées entre la loyauté à deux nations : dans la difficulté d’aborder la langue, dans la tension identitaire. Le sujet se replie pour lutter contre le conflit interne. Par exemple, l’Alsace : cette province fonctionne comme un pli symbolique en tant que région repliée entre deux langues et cultures, entre deux puissances ; elle est dépliée entre deux massifs qui, il y a des millions d’années, n’en faisaient qu’un (Forêt Noire et Vosges). Son identité n’est pas stable. Elle n’est pas une frontière simple mais un espace plissé.
Tantôt allemande, elle replie ses acquis de culture française ; même processus lorsqu'elle redevient française ; elle ne peut vivre simultanément les deux cultures. En définitive, écrire un récit de vie, pourrait s’apparenter à déplier une mémoire et construire une identité à travers le temps. Le silence et l’oubli sont cachés dans les plis, tout en restant à l’arrière-plan ; au contraire, le récit et la mémoire déplient.
- Le repli dans le silence  : le silence fonctionne comme un abri ou comme une prison.

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Lien avec la manière dont Deleuze aborde la question du pli  

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Dans  Le Pli. Leibniz et le baroque, Deleuze explique que le monde, le sujet et la mémoire sont faits de plis à l’infini. Le pli relie intérieur et extérieur et caractérise l’identité comme une structure plissée, non pas une unité stable. Cela implique que le sujet est stratifié, feuilleté, complexe.
Dans le récit, les personnages ne sont pas des “moi” simples : ils sont traversés par plusieurs générations et portent des histoires qu’ils ne connaissent pas entièrement  ; leurs identités sont fragmentées : ils sont des ensembles de plis hérités.
Chaque événement (trauma, secret, guerre) ne disparaît pas mais se plie dans le temps. Ils constituent des plis du passé dans le présent.
Le psychisme est comme un tissu plissé  : chez Deleuze, l’âme est comme un tissu avec des plis internes. Dans ce récit il y a des émotions inexpliquées, des héritages invisibles. Il s’agit de plis internes non dépliés.

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Déplier l’écriture, c’est déplier la mémoire, entre présent et passé ; entre éphémère et perpétuel.

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Faire son récit généalogique, c’est enquêter, écrire et reconstituer en ouvrant les plis et en rendant lisible ce qui était plié. C’est aussi avoir recours à la métaphore du palimpseste : sur le récit de chaque génération se réécrit celui de la suivante. Mémoire et textes sont réécrits par couches.

L’écriture d’après généalogie s'apparente au geste de dépliage de la mémoire à travers : une tentative de mise au jour de la mémoire pliée (jamais détruite, cachée, toujours latente), comme peuvent l’être les secrets de famille, traces invisibles mais actives ; une exploration des zones obscures repliées face aux fractures, aux blessures. Ce n’est pas oublié, c’est replié dans le récit familial (silences, honte, protections)… La vérité est présente mais inaccessible directement  : elle doit être dépliée par l’écriture et par le cheminement du lecteur. La langue poétique favorise sans doute cette opération, dans la mise à distance, le mentir-vrai, la métaphore, la sublimation…

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2. Éléments pour un dispositif de type atelier solo : PLIS & RE-PLIS

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Utiliser le dispositif qui suit nous inscrit résolument dans un rapport aux concepts développés ci-dessus.
On peut décider ou non de choisir comme inducteur un protagoniste d’une généalogie existante (la sienne ou une autre) ou d’une généalogie imaginaire ; ou encore de travailler dans l’absolu, sans référence particulière.
Mais on choisira, en vue de la publication, 1/ de rester dans l’anonymat ; 2/ de nous en tenir, au plan formel, à l’écriture poétique.

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Un cadre matériel structurant :

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Fabrication d’une chaîne du temps : une bande de quatre feuilles A4 (position paysage), collées bout à bout. Elle est pliée en accordéon (8 replis). Puis dépliée intégralement de telle sorte qu’il reste la trace des plis. sont ainsi ainsi déterminées 8 zones disponibles pour l’écriture.

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Une suite d’inducteurs et de phases d’écriture :

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1. On imagine la période  embryon / naissance / petite enfance d’une vie humaine, au sein d’une lignée quelconque, réelle ou imaginaire. C’est un temps de dépendance. Cette phase de la vie s’inscrit dans l’éphémère.

Sur le premier volet de la chaîne du temps, inscrire des mots qui, par association d’idées, évoquent cette période de la vie.
En choisir quatre ou cinq à déplier : pour cela faire proliférer ces mots sur l’axe idéel (associations d’idées) et sur l’axe matériel (lettres, syllabes, sonorités). L’idée de déplier sous-entend également l’idée de révéler (par exemple ce qu’ils cachent en eux).
Sur le deuxième volet, au moyen des matériaux ainsi obtenus écrire un texte bref (5 à 6 lignes) avec les matériaux obtenus (pour ce texte, comme pour les suivants, on peut ou non viser un narratif ou créer un personnage). On obtient un Texte 1.
Replier les deux premiers volets.

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2. On imagine la période adulte élargie à l’adolescence, c’est à dire (en apparence) la partie la plus active socialement de la vie humaine.

Sur le troisième volet, inscrire de nouveaux mots évoquant des évènements, des situations (éphémères à l’échelle de l’individu ou perpétuelles à l’échelle de l’histoire) d’émancipation, de lutte, de solidarité, etc. évoquant cette période.
En choisir quatre ou cinq et les déplier comme précédemment.
Sur le quatrième volet, au moyen de ces nouveaux matériaux, écrire un second court texte (5 à 6 lignes). On obtient un Texte 2.
Replier à leur tour les volets 3 et 4.

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3. On évoque maintenant la période de dépendance (vieillesse) et de survenue de la mort.

Sur le cinquième volet,  inscrire des mots évoquant des situations (éphémères et perpétuelles) relatives à cette dépendance et aux étapes de vie que sont vieillesse et mort. 
Déplier quatre ou cinq mots forts de cette liste en privilégiant les associations d’idées.
En associant très rapidement (presque automatiquement) des mots de cette liste, constituer des fragments, sans rechercher a priori un quelque-chose-à-dire.
Sur le sixième volet, utiliser la matière du cinquième volet (mots et fragments) pour écrire un court texte à contraintes : a/ il doit évoquer un mouvement perpétuel ; b/ la dernière phrase doit suggérer ou bien le début, ou bien l’annulation / transformation visible de celui-ci. On obtient un Texte 3.

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Écrire c’est réécrire :

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4. On dispose à ce stade de trois textes courts évoquant des personnages d’une même génération.
Déplier ces trois premiers textes.

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Sur le septième volet : constituer une nouvelle liste de quelques mots et de courts fragments issus des trois textes précédents. 
Les déplier selon les procédés suivants : par recompositions, par filiations et/ou affiliations, par filtrations, par transparences / trans-apparences avec les replis précédents.
Amplifier les vibrations potentielles (i.e. systématiser les effets de sens, de forme) qui peuvent être sonores, émotionnelles, sentimentales, sensorielles ou autres, toujours en lien avec les trois textes initiaux.

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Sur le huitième volet, tisser tous les matériaux obtenus au volet précédent pour donner naissance à une génération ultérieure, puis insérer trois brefs fragments issus de chacun des trois premiers textes. On obtient un Texte 4 (une douzaine de lignes au plus).

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Mise en forme finale :

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5. Dernière étape : sur une feuille vierge recopier à la main (la graphie excite sourdement le désir d’écrire, de réécrire) ou saisir au clavier (il en va de même) l’ensemble des 4 textes :
- Soit sous une forme continue, en supprimant ou en systématisant les redites. 
- Soit sous une forme discontinue ; dans ce cas on articulera les parties entre elles au moyen d’un même énoncé, composé à partir de trois fragments pris dans chacun des replis précédents ; cet énoncé-refrain étant reproduit à l’identique ou par un procédé de décal’âge librement interprété.

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Conclusion : invention d’une forme poétique :

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Nous avons ainsi inventé une forme poétique inédite à refrain, composée de quatre strophes.
Nommons-la, si vous le voulez bien, Efimaésie
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Les invariants de la forme Efimaésie
    - Quatre strophes : les trois premières centrées sur chacun des trois âges de la vie ; la quatrième ouvrant la possibilité d’une descendance, d’une lignée ; 
    - Un refrain : composé à partir de fragments transformés des trois premières strophes.


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du grec : εφήμερη αέναη ζωή (efímeri aénai zoí), perpétuel éphémère de la Vie

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III. DÉPASSEMENT DU PARADOXE :
CONSCIENCE DE L'ÉPHÉMÈRE, PRESCIENCE DU PERPÉTUEL

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Dispositif conçu par H. Tramoy pour le n° 153 de S&C

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Cet atelier a été construit à mesure. C’est à dire que, pour le construire, son inventeur s'est observé en train d’écrire. Puis a décrit à chaque étape, sous forme d’un dispositif réutilisable, la suite des opérations qu’il a menées.
Il est conseillé, à partir de la phase 2, d’utiliser un traitement de texte et un jeu de couleurs, afin de faciliter la gestion de la quantité de matière manipulée.

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1. Phase d’exploration
Explorer en une demi-page les concepts d’éphémère et de perpétuel.
D’abord sur plusieurs jours, sans papier ni crayon : je rumine ces deux notions, en les rapprochant, en les mettant en dialogue. Puis j’en tire les fils par un écrit d’une demi-page (une douzaine de lignes).

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2. Phase de condensation
Dans cet écrit, je relève sept fragments brefs ou expressions (moins d’une ligne pour chaque fragment), les essentiels.
Pourquoi 7 ? Le 7 est dit symbole de la perfection et de l’achèvement : tout le contraire de l’éphémère et du perpétuel. Le 7 réunit l’esprit et la matière : voilà qui est intéressant dans le processus d’écriture. Le 7 donne un rythme au temps (7 jours de la semaine) et à la perception visuelle et sonore (7 couleurs de l’arc-en-ciel, 7 notes de la gamme).
Le 7 est donc un nombre idéal pour l’écriture poétique.
Cette collecte constitue mon matériau A.

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3. Phase de prolifération
Dans ces fragments ou expressions je choisis sept mots-clés.
Je fais proliférer chaque mot : deux listes par mot (associations d’idées / matérialité) ; sept mots par liste.
Cela constitue mon matériau B.

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4. Phase d’effervescence
Au moyen des matériaux A et B, je fabrique de nouvelles bribes, ou fragments brefs, par association rapide de mots ou expressions, sans recherche a priori de sens. En revanche, je recherche l’harmonie. J’utilise le plus de matière possible. Je m’autorise tout mot qui me vient à l’esprit en dehors des listes. À mesure, je barre les mots et fragments utilisés.

Je crois en avoir terminé ? Que nenni ! Il me reste des mots inutilisés dont il devient difficile de faire quelque chose. Peut-être que certains peuvent s’insinuer dans une bribe ou un fragment déjà établi : je le fais.
Mais d’autres résistent : je les associe aléatoirement deux par deux et de cette paire je fais naître un nouveau mot.
Au moyen de ces nouveaux mots, je construis de nouvelles bribes. Je réitère l’opération jusqu’à épuisement de tous les mots (je côtoie le perpétuel).

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4. Phase de tri
Dans le fatras des bribes ainsi produites, j’opère un tri selon un seul critère : ce que je mettrais dans le champ de l’éphémère / ce que logerais dans le camp du perpétuel. Je dois trancher.
Pourtant, quelques fragments résistent au choix : on pourrait indifféremment les ranger dans l’une ou l’autre des catégories. Je les prélève.
Je dispose donc finalement de trois corpus. Il peut être commode de les identifier par des couleurs différentes.

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5. Phase du tissage : texte ou poème
- Poème ou texte ? Andrée Chedid a résolu le problème en publiant deux livres en miroir : Poème pour un texte et Texte pour un poème.
- Selon Barthes, le texte est un tissu, trame et chaîne croisées. Je vais écrire en m’appuyant sur cette définition du texte, la trame le perpétuel, la chaîne l’éphémère.
- À Athènes, ce qu’Hélène tisse, dans l’éphémère du jour et détisse dans la nuit, traduit une perpétuelle quête de la parole renouée. Tisser c’est parler comme l’ancêtre, constituer la trame et la chaîne de la parole immémoriale.
Après avoir choisi dans la troisième liste, un incipit, je vais maintenant tisser la matière éphémère avec la matière perpétuel. De manière équilibrée, en alternant des fragments appartenant à chacune des trois listes (ici l’usage de couleurs sera facilitant : c’est ainsi que procédait Claude Simon dans l’écriture de ses romans).
Une seule contrainte : celle du 7, à interpréter librement.

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6. Phase des réécritures
J’ajuste mon texte-poème en autant de réécritures souhaitables. Je ne perds pas de vue la contrainte du 7. 

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Pourquoi et comment un dispositif d’écriture ?

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Ce dispositif d’écriture prétend à l’éphémère : chaque phase du chantier, chaque fragment, chaque mot, n’est là qu’à l’état provisoire.

Il nous fait aussi pressentir l’idée de perpétuel : on peut ne jamais s’arrêter (Francis Ponge, avec Le pré ou La figue, nous a fait partager ce sentiment : 24 années pour écrire La figue par exemple).
Il évoque en même temps des souvenirs mythiques : le tonneau des Danaïdes ou le mythe de Sysiphe.

Deux possibilités s’offrent à chacun pour tirer parti de ce dispositif : 

  • le mettre en œuvre dans ses différentes phases ;
  • imiter la démarche d'invention du présent dispositif : 1/ se lancer dans le thème ; restituer à mesure chaque étape de votre propre processus d'écriture dans un descriptif communicable.

Date de création : 31/07/2026 12:08
Catégorie : - Ateliers d'écriture
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