Soleils & Cendre

 SOLEILS & CENDRE
revue d'écriture

créée en 1986
102 numéros parus

Comité de rédaction :
Jean-Guy Angles
Yves Béal
Chantal Bélézy
Marie-Pierre Canard
Isabelle Ducastaing
Claude Niarfeix
Henri Tramoy
Sylviane Werner


99 Bd des Mians
F-84260 Sarrians

mél : solicend@orange.fr
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Pages marquées - 1.Madame Rivière
Séminaire de Saint-Vallier - 1988

PORTRAIT DE MADAME RIVIERE

par J-A-D. Ingres
(Musée du Louvre)


ou

L'ÉCHELLE DE LA VISION


C'est une première histoire marquante. Avec l'envie de la narrer en retrouvant non sans émotion, 20 ans après, le Portrait de Madame Rivière, de Ingres, aux cimaises du Louvre. "Mais alors, il faut tout raconter", me glisse Yves Béal, qui fut à l'origine de l'atelier.

Car au départ, nul ne savait, pas même le concepteur de l'atelier, que nous allions écrire à partir du Portrait de Madame Rivière.
Réunis à Saint-Vallier (71) avec intrusion au musée de Dijon, nous avions pour projet de réaliser le numéro 6 de la revue, sur le thème du musée, qui devait prendre le titre "du jeu dans les objets".

Premier acte : pour l'atelier, nous disposions, à l'initiative de Marie-Pierre Canard, d'environ deux cent reproductions d'œuvres d'art, affichées au mur de la salle de travail. Chacun des onze participants, à son tour, et par rotations successives, devait venir retirer l'œuvre qui lui plaisait le plus. Peu à peu ne furent plus en place que quelques dizaines de gravures, ce qui rendait le choix plus délicat : comment préférer, à l'instant du nième choix, telle reproduction qu'au tour précédent on n'avait pas jugée à son goût ?
Enfin il ne resta plus en place qu'une poignée d'œuvres jusqu'à ce que… l'une d'elles, ignorée de tous, répudiée à l'unanimité, mise au ban du goût public, s'affichât seule : ce fut le Portait de Madame Rivière de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Madame Rivière devenait brutalement la mal-aimée du groupe, désignée ainsi paradoxalement, puisque cent quatre-vingt-dix neuf fois ignorée, comme objet du commun travail d'écriture : rupture, mise en déséquilibre, et par hypothèse donc, facteur de créativité.
H.T.

                           MadameRiviere.jpg       
                                                Portrait de Madame Rivière
                                                                Jean-Auguste-Dominique Ingres, hst 1805
                                                                Musée du Louvre
   


L'atelier (L'Échelle de la vision) était ensuite ainsi présenté :

Quand parurent en 1929 et 1930, "La femme 100 têtes" et "Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel", albums de collages de Max Ernst, on sut que c'étaient bien là de "ces livres d'enfants pour les adultes" comme les souhaitait le Manifeste du Surréalisme : livres… "où la succession des légendes crée un poème écrit, en contre-point du poème imagé".
Nous, nous avons choisi texte, tant pour l'écrit que pour l'image ("texte plastique").

Mais si, comme Brecht, nous voulons par effet d'insolite, permettre au lecteur de mettre à distance ou si, comme Breton parlant de dépaysement, nous imaginons un lecteur créant, par la construction de son propre pouvoir d'appropriation, des sens nouveaux, détournements de nos détournements-mêmes…, mais si donc, nous-mêmes (et vous aussi), lecteurs de textes plastiques ou poèmes-images qui hantent les musées, apprenions l'art du dépaysement, apprenions à "étranger le familier" (il faut pour cela que le familier existe), il en serait sans doute autrement de l'œil commun avachi et du bêlement — c'est beau / c'est laid — qui tient lieu de commentaire.

Et si nous imaginons un dispositif de création mettant en scène ce dépaysement, il se peut (nous disons) que le poème écrit ne soit pas seulement le contre-point du poème imaginé, mais qu"il ait une existence d'œuvre autonome. Tel est le sens de l'atelier qui suit, "L'Échelle de la vision", inspiré, y compris dans sa formulation, d'un article d'André Breton, "Le surréalisme et la peinture" (Ed. Gallimard, 1965).

Prologue : observation de l'œuvre élue (ce jour là Portrait de Madame…) suivie d'une discussion libre (non exempte de prise individuelle de notes).

1. Repérez dans le tableau ce que vous avez déjà vu maintes fois.
2. Par deux, mettez en commun.

3. Repérez ce que vous croyez pouvoir reconnaître (soit que vous n'y teniez pas, soit que vous y teniez).

4. Repérez ce que vous n'avez vu que très rarement et que vous n'avez pas toujours choisi d'oublier ou de ne pas oublier.

5. Notez ce qu'ayant beau le regarder, vous n'osez jamais voir.

6. Notez ce que d'autres, l'ayant vu ou disant l'avoir vu, sont parvenus (ou ne sont pas parvenus) à vous faire voir.

7. Notez ce que vous voyez différemment de ce que voient tous les autres.

8. A partir de tous ces éléments, écrivez un texte qui rende compte de ce qui n'est pas visible.

9. Affichage. Lecture mutuelle.
10. Discussion à partir de la phrase suivante : "Pour moi, les seuls tableaux que j'aime,…, sont ceux qui tiennent devant la famine" (A. Breton).

11. Reprenez alors votre texte et réécrivez-le en intégrant un ou plusieurs éléments de la discussion, qui y étaient préalablement absents.
Y.B.

TEXTES

Seuls quatre textes (publiés dans le n° 6 de Soleils & Cendre, du jeu dans les objets), ont été conservés. Peut-être en existe-t-il d'autres, parmi de vieux papiers …

I.

En vérité, connaissez-vous Madame Rivière ?
Vous avez l'épouse, aussi la mère, un fleuve aux eaux lisses. Vous savez la femme au châle, la brise factice, vous apprendrai-je l'amante ? … Madame est un violon lequel mari enchaîne lequel artiste enchante. Pourtant la mort traine sa haine si près du trait. Mille huit cent cinq. Taire l'attirance. Masquer jusqu'au masque d'une fugitive caresse. Tracer d'un même élan le mari et l'enfant.
Portrait en médaillon. Feinte. Anodin méandre où se trame le drame. L'œil. Le regard juste ce qu'il est nécessaire d'indifférence, d'écart, d'irréalité. Que le lecteur, non l'observateur, l'admirateur, le lecteur, scrutant le tableau s'en vienne à serpenter d'affluents en confluents de berges en barrages, à vriller l'attrait de filets en crevasse, de gorge en torrents, à croiser l'apparence d'échos en face à face. Fente.
Lente rupture.
Le personnage n'existe pas. La tableau n'a rien à voir avec cette femme. Le tableau n'a rien à voir. Montre, grince, greffe, porte grief.
Gringue au grain de Grenade. C'est de moi dont il s'agit. Moi. Inscrit en toutes lettres dans l'intérieur de ses cuisses. Que je ne voulais prendre. Moi, à la rencontre de … la… toutes.
Rendez-moi dans ce duel intime         ma croix, l'autre, ce nom de dieu dans ma tête et qui dicte ma loi. Et aussi le troisième, moitié de moi-même, témoin, protagoniste, psychanaliste, psychiatre,         scribe pervers d'une vérité que vous venez de lire.

Madame Rivière s'est-elle pendue ?
Yves Béal
Saint-Vallier - juillet 1988



II. PORTRAIT DE MADAME
(5ème état)

Que le peintre se déboutonne
Et le visage s'étonne
Parfum de rose moderne
dans la livrée d'une rose ancienne

Elle n'a d'yeux qu'hors de moi
mais sa courbe m'invite
(résonances et jeu de
paupières)
Mais le regard s'aiguise
lorsque le choix s'étiole

Quel éphèbe nu joue dans le dos du peintre
qui anime la môme

Le doute dissipé croise les regards
et je me prends à l'aimer
Et elle n'a lieu qu'en moi
car je vis en elle
et donne sens à sa vie.

Henri Tramoy
Saint-Vallier 15.VII.88 / Auxerre 2.VII.88

                                              HTMmeRiviere.jpg
                                                                                H.T. & Madame Rivière
                                                                                Le Louvre août 2008
                                                                                Photographie Sylviane Werner




III. JE VOUS SAIS LAID… MARI



Portrait de Monsieur Rivière
JAD Ingres, 1805, Musée du Louvre

MonsieurRiviere.jpg
Fête au roi
Fête moi
j'ai le sourire sorti du râle
j'ai perdu mon histoire au soir d'un long regard

Mes mains sont à user, lustrer, caresser
je vous salue, mari, ce soir, je vous emmerde
j'ai gonflé mon jupon seule
c'est à minuit qu'on dansera, sans moi…
l'œuvre s'achève, la vie commence.

celle qui aurait pu mais qui
n'a pas voulu

Marie-Pierre Canard
Saint-Vallier - juillet 1988


IV.

Ne pas bouger
Figer l'attente, tendre la peau.
Ignorer la lourdeur du temps et des relents.
La martre s'obstine sur le pinceau.
Pique s'étoile la voix du modèle.
Le maître pâlit.
Elle s'est levée
A mis la toile au clou
Drapé son châle
Via l'opéra.
Olga France
Saint-Vallier - juillet 1988


CollageMmeRiviere022.jpg
Collage H. Tramoy, 1988



Date de création : 25/08/2008 - 19:26
Dernière modification : 30/08/2008 - 15:11
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