Soleils & Cendre

 SOLEILS & CENDRE
revue d'écriture

créée en 1986
102 numéros parus

Comité de rédaction :
Jean-Guy Angles
Yves Béal
Chantal Bélézy
Marie-Pierre Canard
Isabelle Ducastaing
Claude Niarfeix
Henri Tramoy
Sylviane Werner


99 Bd des Mians
F-84260 Sarrians

mél : solicend@orange.fr
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Ateliers d'écriture - Avignon.Chêne noir
THEATRE DU CHÊNE NOIR (Avignon)
REVUE SOLEILS & CENDRE


Atelier d’écriture de re-création
(Pour une alternative à la “critique”)



Cet atelier a été mené dans le cadre du séminaire d'Avignon
pendant le festival Off 1996.
Il peut être réinvestit dans des circonstances similaires.


Décrire, savoir, juger, comprendre... les quatre piliers historiques de la critique chancellent... en raison, moins du caractère “partial, passionné, politique” que souhaitait Baudelaire, que d’une subjectivité de second ordre argumentée au “j’aime, j’aime pas” de la première évidence.


Dans “Qu’est-ce que la littérature ?”, Sartre affirme que la critique “engage l’homme entier”. Je ne saurais dire s’il évoquait l’homme en général, le critique, l’artiste ou peut-être les trois ensemble. Mais n’est-il pas venu le temps de cet engagement total non pas pour discerner, séparer, distinguer, ainsi que le laisse supposer l’étymologie du mot..., non pas, donc, mettre à part le bon grain de l’ivraie — de quel droit ? — n’est-il pas venu le temps d’un retournement, d’un dépassement : la critique comme création authentique à la fois intrinsèquement liée à l’œuvre mais aussi œuvre autonome, donnant à voir — sans voir —, donnant à penser, tenant le lecteur pour prochain créateur et non comme consommateur potentiel.

Une critique perturbatrice, dérangeante, moins parce qu’elle assassine les artistes, leurs œuvres et du même coup, le spectateur tenu pour bête à dépenser plus qu’à penser... une critique perturbatrice, dérangeante donc, justement parce qu’elle tient chacun pour possible producteur d’un regard neuf et qu’elle y invite. Une critique génératrice d’un déséquilibre du sujet à l’instar même de l’œuvre, une critique instaurant l’inattendu pour règle, questionnant le réel tout en rendant compte d’un déplacement émotionnel, d’un choc, de la force du ressenti.
Une critique comme invitation à se découvrir soi-même ?

Yves Béal (juillet 1995)





DISPOSITIF DE L’ATELIER

C’est à partir de la problématique définie ci-dessus par Yves Béal que nous avons invité les spectateur du “Mât de Cocagne”, présenté par le Théâtre du Chêne Noir, à prolonger le spectacle par un moment d’écriture de re-création, à partir du dispositif ci-dessous.



AVANT LE SPECTACLE :

- Distribution à chaque spectateur de quelques citations de l’auteur (René Depestre) et du metteur en scène (Gérard Gélas). Ces citations seront choisies pour leur côté énigmatique, posant plus de questions qu’elles n’en résolvent.
- Les spectateurs sont invités à réagir par écrit, dans l’attente du début du spectacle, aux dites-citations : bribes, mots, expressions qui seront gardés précieusement en vue de l’atelier qui suivra.
- Une mission est en outre donnée : du spectacle, vous rapporterez un élément au moins (sous forme de bribes, expressions, liste de mots…), emprunté(s) à une ou plusieurs des catégories suivantes :
- ce qui relève de l’étrange, de l’énigmatique
- ce qui vous a bouleversé
- ce qui vous a irrité
- ce qui vous a fait rire
- ce qui a fait profondément écho en vous, vous entraînant un instant sur d’autres rives, intimes
- ce qui a fait écho à un réel contemporain



APRES LE SPECTACLE :

1. Mise en commun, sur une grande fresque murale, de la matière ainsi rapportée (réactions aux citations et éléments retenus). Selon le nombre de participants, on procédera en plusieurs groupes.
Trace, lecture, pâture. Mise en voix par des personnes volontaires de fragments forts.

2. Chacun recueille, puis choisit 3 ou 4 mots forts “qui pourraient résumer pour lui une impression Mât de Cocagne” (référence aux impressionnistes : impression Soleil levant).
Travail de ces quelques mots sur les pôles idéel et matériel (préciser procédé et sens). Prolifération.


3. A partir de toute la matière disponible (collecte + listes) et en l’utilisant au maximum, écrire un bref texte (procédé de l’écriture effervescente).
Par groupes de proximité (par 4), s’échanger ces extraits. Celui qui lit choisit et entoure, dans le texte des autres, un fragment qui fait le plus écho (ou qui contrarie le plus) son propre texte.
A l’issue de cet échange, chacun dispose donc :
- dans son texte initial, de trois fragments entourés
- recueillis chez ses partenaires, trois fragments inédits


4. Réécriture :
Il s’agit de s’appliquer une contrainte forte. On doit retirer du texte initial les trois fragments entourés (ils appartiennent désormais à ceux qui les ont entourés). On doit introduire dans son propre texte les trois fragments retenus chez les autres.
La réécriture a pour objet de reconstruire, de réorganiser le texte initial autour de ces trois fragments. On peut s’imposer toute contrainte supplémentaire de forme (notamment empruntée à la rythmique, à la forme du spectacle) qui paraît opératoire.


5. Le texte achevé et signé est déposé le soir même (ou le lendemain après dernier affinage), au service de presse du théâtre. Certains, dans la limite de la place disponible, seront publiés dans Avis d’Off. Tous feront l’objet d’une plaquette consultable au théâtre.


6. Un débat sur le dispositif de l’atelier, les problèmes de rapport à la création qu’il pose, la question plus générale du rapport à la “critique”, est vivement souhaitable.



PREALABLES :

Il paraît important de prévenir à l’avance, par un tract et dans la presse, de la spécificité de cette soirée, en précisant bien sûr que l’atelier ne concerne que les spectateurs volontaires. La soirée sera présentée comme un défi de faire vivre un moment inhabituel dans le cadre du Festival.
Juste avant le spectacle, il est nécessaire de donner très brièvement le principe de l’atelier.
Soleils & Cendre - Mai 96
Y. Béal, MP Canard, H. Tramoy



DOCUMENT REMIS AUX SPECTATEURS
À L'ENTRÉE DU THÉÂTRE

(Il comporte un espace vierge pour des notes en cours de spectacle)



Collectif SOLEILS & CENDRE, revue d’écriture
Avis d’Off, petit quotidien éphémère du Festival

BONJOUR,
Ce soir nous vous proposons un défi : écrire ensemble après le spectacle.
Si l’écriture n’est pas un acte spontané, nous avons fait l’expérience que l’atelier, à 4, à 10… ou à 300, était un formidable lieu de provocation à l’écriture. Voulez vous essayer avec nous ?
Vous avez en main un des deux éléments déclencheurs de votre écriture de tout à l’heure. L’autre élément c’est, bien sûr, le spectacle.


VOICI QUELQUES CITATIONS.
Vous avez tout loisir pour écrire entre leurs lignes vos propres réflexions.

J’ai fait appel, tout au long du récit à une conception endémique de la prise de conscience individuelle et collective, dans un tiers d’île de la Caraïbe où prédomine un sens magique des choses de la vie en société.
René Depestre


Chaque seconde désormais me construit une cage
comme pour un oiseau ensanglanté
et qu’on voudrait saigner

G. Gélas (Vivre Debout - 1969)


Je voudrais retrouver cette manipulation primitive qui nous guérisse, qui immunise nos mains et nous permette de saisir la braise incandescente sans dommage, qui détourne la mort de la vie.
G. Gélas (Th. du Chêne Noir - 1972)



… Postel est la gomme à effacer l’homme à partir de sa conscience.

R. Depestre



On nous a fabriqué une histoire collective qui s’appelle électrification des âmes. Il ne m’a servi à rien de lui opposer des bulles de savon.

(Le personnage de Postel)



Mât de cocagne : ce sinistre arbre, sans foi ni loi, sans entrailles, sans feuillage ni chants d’oiseaux ; ce qu’il y a, en matière de poteau ou de colonne, de plus près du gibet ou de la croix.
R. D.


J’ai souvent crié que la conscience d’un homme ne fonctionne pas mieux qu’un tube digestif s’il ne se sens pas blessé, à titre individuel, par n’importe quelle injustice commise contre n’importe quel homme ou n’importe quel endroit du globe.
R. Depestre


Nous avons décidé de saisir
les étoiles aux cheveux

et de les brandir en dansant
comme des armes

au-dessus du vieux monde.

Poème de G.Gélas distribué à 15000 ex dans les rues de Paris en oct 71)



Même zombifié (…) rester debout dans la tempête.

R. Depestre


Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse.

Nietzsche


DISPOSITIF DE L’ATELIER

AVANT LE SPECTACLE :
Quelques citations pour se mettre en bouche,quelques traces entre les lignes dans l’attente du début du spectacle, bribes et mots.
PENDANT LE SPECTACLE : collectez quelques répliques fortes, émotions.et désirs irrépressibles. La page 4 est à votre disposition pour cela.
APRES LE SPECTACLE :
On met en commun nos mots, on met en voix des fragments, on travaille ensemble la matière des mots et des idées. Dans un dispositif dynamique, chacun fait advenir son texte.
Publication le lendemain des productions dans Avis d’Off, petit quotidien éphémère du Festival.




TRACT
distribué auprès des festivaliers les jours précédents

THEATRE DU CHENE NOIR
REVUE SOLEILS & CENDRE

Atelier d’Ecriture de Re-création
UN DEFI LANCÉ À QUI LE RELÈVERA !



"Décrire, savoir, juger, comprendre... les quatre piliers historiques de la critique chancellent. A côté de (ou contre ?) la critique traditionnelle, nous proposons une autre manière de se positionner par rapport à l’œuvre d’art : l’acte de création, ou plutôt de re-création.
Nous en appelons ainsi à une forme perturbatrice, dérangeante, de l’écriture “d’après”, parce qu’elle tient chacun pour possible producteur d’un regard neuf sur l’œuvre d’art. Parce qu’elle instaure l’inattendu pour règle, questionnant le réel, rendant compte d’un déplacement émotionnel, d’un choc, de la force du ressenti..."


UN ATELIER D’ECRITURE D’APRES SPECTACLE

C’est à partir de cette problématique que nous inviterons les spectateur du “Mât de Cocagne” , présenté par le Théâtre du Chêne Noir, à prolonger le spectacle par un DEFI d’écriture,
le mardi 16 juillet, à partir de 23 heures


AVANT LE SPECTACLE :
Quelques citations pour se mettre en bouche, quelques traces dans l’attente du début du spectacle, bribes et mots, et un petit dispositif de collecte d’émotions.

APRES LE SPECTACLE :
Grande fresque murale à investir, ou mise en voix de fragments, des mots à faire proliférer, et dans un dispositif dynamique, le texte que chacun fait advenir. Avec publication le lendemain des productions dans Avis d’Off, petit quotidien éphémère du Festival.


VENEZ NOMBREUX RELEVER LE DEFI !



QUELQUES TEXTES PRODUITS



Le 16 juillet 1996,
après le spectacle “Le Mât de Cocagne", au Chêne Noir,
s’est dédoulé un atelier d’écriture.
Nous livrons ci-après quelques-uns des textes produits à cette occasion.



Corps de bronze corps de braise corps désenchantés des brûlures de tes cuisses jacassantes de croissements glissants blanc sur noir tu brûles des passions rebelles.
Jacques Derubay



Allumer aux quatre coins des boutons de bonheur.

Un à un, fil après fil, ôtons la toile d’araignée, qui nous empêche de voir l’Autre.
Anonyme



VOILE NOIR
POUR LE DEUIL D’UNE VIERGE

Femme-soleil, flamme-jardin d’un monde des faits. Femme à corolle comme une mangue ouverte. Tu rêves des transes amères du mât ensanglanté du monde entre tes cuisses jacassantes. L’ascension impossible de ton corps nourricier t’inspire. Est-ce l’unité noire ou la nuée ? Ton lait aigre est rougi du vin et tes yeux ne sont que citron et cendres. De tes croisements glissants, je n’ai retenu que phallus.
Faby Cazalis



SEMAINE AZTEQUE


Quatorze haines, panse à terre, à investir au prince des carrefours.
Treize paraboles brûlées à la noix de coco, une à une, pie à pie.
Treize voix de la nuit flûtée absorbées de plaisirs diurnes.
Il n’en reste qu’une : elle est le détonateur des âmes.

Martine Froissart



Le souffle du vent
des voix de la nuit flûtée
La femme -soleil ovoleuse de fleur
Le grand bonjour du fou

Il n’y a plus de corps de bronze
au point de non retour

Rose Serra




Ho ! Voleter voltiger sans vertige.
L’odeur dehors, du crépuscule.
La nuit flûtée, ensemencée, regarde l’eau, l’eucalyptus.
Les lunes amères du malheur, les Temps au soupir d’hier. La largeur des regards ne suffit pas. Aujourd’hui la verdeur de ton sexe cogne la cime des arbres.
Léa Coullanges



Dès l’aube, nous chevaucherons les rayons du soleil.

Anonyme



A la cambrure du martyre, un souffle éclaire la nuit zombie et ses relents. L’oreille ajourée dans les rues nattées, il émerge à l’envol, à la femme diamant noir.
Du fil à fil de sa conscience, brûle ses restes d’humain torturé volé isolé. L’arbre tondu en mât se change peu à peu en épée du non-retour. Dépoussiérant la foudre, il devient couple aux cuisses d’exemples mûrs, croisé ensanglanté — HOMME.
Chantal Bélézy




LA ONZIEME LAME

L’affront furieux efface l’homme efface en lui-même l’être toute voilure abattue asilée exilée privée de tout retour efface l’âme barbelée trouée de saillies électriques sans plus “rien de chaud ni de vivant” à portée l’homme mât ensanglanté seins calcinés ventre violé sexe évincé l’homme-peuple sa nuit peuplée de la fureur et du drame l’absolu effroi des alcools l’homme en proie aux séides sa force dépérissant à fond de fosse et cet autre fragment de peuple veule avili livré à sa folie


L’homme effacé l’homme en lui-même ensanglanté à bout d’exil local sa nostalgie figée défigurée

Alors vint l’arbre
la mort la naissance la mort tout recommence l’arbre l’axe le cycle l’arbre comme centre possible passeur du visible à l’invisible poteau-mitan colonne vertébrale d’un temple de l’âme si tu oses Alors vint l’arbre-phallus puissant et séminal planté là dépouillé vestige funéraire de la liberté l’arbre offert à l’ambition démesurée de la mort pour la vie l’arbre qui a “partie liée avec le soleil et avec la rosée

Rebelle en ton point chaud en ton poing chant tu feras du mythe une force matérielle cessant le gaspillage de ta violence ta volonté “brûlera de la passion d’être tout l’homme” et la onzième lame sera tirée au nom de Loko l’oriflamme à l’orée des forêts florissantes tu offriras la rébellion de ton geste symbole et défiant ton bourreau “vaudras mieux que ta rage
à l’inutile prendra le feu des résistances

Alors la femme de celles “adolescentes qui dorment cuisses écartées” forte de cette aigreur alors la femme porteuse d’aromates femme-jardin à “vivre par les yeux” le tout chaud tout vivant de ses humeurs vagues ses instincts prophétiques l’orée de son courant vital de son cou renversé fontaine de laits et de sources salées résumant l’univers la femme elle lisse lis liseron arraché aux labours elle Lise ronde fille d’Erzili alors la femme pure de toute anxiété centre intime
elle est un jardin bien clos
ma sœur ma fiancée
un jardin bien clos
une source scellée
et vous ferez l’amour encore demain à l’aube de tout un peuple

Soudain de cette force l’homme multiplié réalise la synthèse du monde
et tombe
et “sa mort soutenant la lumière” …


H. Tramoy



Mais où donc as-tu mal
toi qui craches ta bile
comme un poison fatal
ensilençant tes yeux
éructant tes aveux?
Les spectacles défilent
et tu vomis ta haine
en camouflant tes peines.
Marie-Pierre Canard




Mémoire!
comme un crachat de sens?
Claude Niarfeix



Est-ce l’envol de mon diamant noirci, la bifurcation de l’alarme butant sur l’âme humide ? Est-ce une femme ramifiée au sexe d’hibiscus ? Est-ce une forêt de taupes, de crissements et d’ombres où vient mourir au crépuscule l’amant privé de reposoir ? Ou dans la nuit l’odeur insolente des sexes aux cris tuméfiés ?
Est-ce le ventre qui cède au pôle visqueux de tous les égocentrismes ou l’eau vitale ou l’eau secrète ? Oui ! Oui ! Homme indocile, c’est l’arc debout qui signe ta rébellion.
H.T.



Date de création : 26/07/2008 - 13:19
Dernière modification : 30/01/2010 - 08:24
Catégorie : Ateliers d'écriture
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